Aide à la jeunesse : 56 nouvelles places et des moyens renforcés pour mieux accompagner les mineurs en conflit avec la loi

Après près de vingt ans sans création de places en Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ), la Fédération Wallonie-Bruxelles renforce ses capacités d’accueil et développe des solutions complémentaires pour mieux répondre aux besoins des jeunes. D’ici la fin de la législature, le nombre de places en IPPJ passera de 245 à 301. Cet effort s’accompagne d’investissements humains et financiers importants, mais aussi d’un renforcement de la prévention et des alternatives au placement.

Face à la pression qui s’exerce sur les capacités d’accueil des IPPJ, Valérie Lescrenier agit pour apporter des réponses concrètes et structurelles. Onze places supplémentaires en régime fermé ouvriront à Saint-Hubert en 2027, tandis que 30 nouvelles places seront créées sur le site de Bruxelles, à Forest, en 2028. Au total, ces développements permettront de porter la capacité des IPPJ de 245 à 301 places d’ici la fin de la législature.

L’effort ne se limite toutefois pas à la création de places. Un Service résidentiel spécialisé (SRS) de 15 places, spécifiquement destiné aux mineurs en conflit avec la loi, sera également créé en 2028. L’objectif est de proposer des solutions mieux adaptées à certains profils et de diversifier les possibilités de prise en charge.

« Notre réponse est globale : créer des places lorsque c’est nécessaire, développer les alternatives lorsqu’elles sont plus pertinentes, et garantir à chaque jeune la prise en charge la plus adaptée à sa situation », souligne Valérie Lescrenier, ministre de l’Aide à la jeunesse. »

Renforcer les alternatives au placement

Le placement en IPPJ doit rester une mesure d’ultime recours. Il vise à protéger la société, à responsabiliser le jeune et à favoriser sa réinsertion durable. Si la pression sur les capacités d’accueil est réelle, une inscription sur une liste d’attente ne signifie pas pour autant qu’un jeune est laissé sans solution. Les magistrats peuvent mobiliser d’autres mesures, notamment les équipes mobiles d’accompagnement (EMA) et les Services d’actions restauratrices et éducatives (SARE).

Les EMA proposent un accompagnement éducatif intensif, soutiennent les familles et contribuent à prévenir les ruptures de parcours. Depuis le printemps 2026, elles disposent de 43 prises en charge supplémentaires. Cette augmentation a permis de réduire fortement leur liste d’attente, passée de 120 jeunes en janvier 2026 à 44 aujourd’hui. Les SARE offrent, quant à eux, des prestations éducatives, des dispositifs de médiation et des actions de responsabilisation, permettant d’apporter des réponses adaptées sans recourir systématiquement au placement.

En parallèle, un travail est mené avec les magistrats afin de fluidifier les admissions, d’améliorer l’accompagnement et de renforcer la prévention. L’enjeu est de garantir une prise en charge cohérente, en tenant compte de la situation de chaque jeune et en favorisant des solutions durables.

Des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux

Cette politique s’appuie sur des investissements significatifs, malgré un contexte budgétaire contraint. Près de 42 millions d’euros supplémentaires seront consacrés à l’Aide à la jeunesse au cours de la législature, dont près de 18 millions d’euros pour les mineurs en conflit avec la loi.

Sur le terrain, 31 équivalents temps plein supplémentaires sont déjà en fonction dans les IPPJ et au Centre communautaire pour mineurs dessaisis (CCMD). Ces renforts concernent notamment les éducateurs, les psychologues, les assistants sociaux et les formateurs. Le budget consacré à la formation a, lui aussi, été multiplié par plus de quatre, afin de renforcer les compétences des professionnels et la qualité de l’accompagnement.

Les réponses apportées aux jeunes doivent reposer à la fois sur des infrastructures adaptées, des équipes suffisamment nombreuses et formées, et un accompagnement éducatif de qualité.

Agir plus tôt grâce à la prévention

La prévention demeure un pilier essentiel de la politique d’aide à la jeunesse. 95 % des jeunes pris en charge par l’Aide à la jeunesse sont des mineurs en danger. Cette réalité rappelle l’importance d’intervenir le plus tôt possible, avant que les difficultés ne s’aggravent et ne conduisent à des situations de rupture, de violence ou d’exclusion.

La réforme des services d’Aide en milieu ouvert (AMO) s’inscrit dans cette volonté. Elle vise à mieux cibler les jeunes les plus vulnérables, à renforcer la prévention spécialisée et à adapter les interventions aux réalités du terrain. Les services AMO doivent pouvoir aller davantage à la rencontre des jeunes, agir plus rapidement et mieux coordonner leur action avec les autres acteurs de l’accompagnement.

L’enjeu est également de mieux répondre aux besoins des mineurs en danger. En Fédération Wallonie-Bruxelles, quelque 4 500 mineurs en danger sont en attente d’une réponse. Ce chiffre souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention et d’accompagnement, afin d’éviter que des situations fragiles ne se détériorent faute d’intervention suffisamment rapide.

Allocations familiales : contribuer aux frais de prise en charge

Le placement d’un jeune en IPPJ ou dans un autre service résidentiel de l’Aide à la jeunesse a également des conséquences sur le versement des allocations familiales. En principe, lorsqu’un jeune est placé dans une institution ou un service résidentiel, que ce soit en raison d’une situation de danger ou d’un conflit avec la loi, les allocations sont réparties afin de contribuer aux frais liés à sa prise en charge.

Deux tiers du montant sont ainsi versés directement au Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour participer aux frais d’entretien, d’hébergement et d’éducation du jeune. Le tiers restant continue d’être versé à la personne qui élevait l’enfant avant son placement, le plus souvent sa mère ou ses parents. Pour les mineurs en conflit avec la loi, le juge de la jeunesse peut décider que cette part soit versée sur un compte rubriqué ouvert au nom du jeune.

Une réponse globale pour mieux protéger et accompagner les jeunes

L’augmentation des capacités d’accueil en IPPJ constitue une avancée importante, mais elle ne peut constituer à elle seule une réponse aux difficultés rencontrées par l’Aide à la jeunesse. Le renforcement des alternatives au placement, les investissements dans les équipes, l’amélioration de la formation et le développement de la prévention sont tout aussi essentiels.

L’ambition est de mieux protéger la société tout en offrant à chaque jeune un accompagnement adapté à sa situation, avec la possibilité de se reconstruire et de trouver sa place. Cela suppose d’agir à la fois sur les situations les plus urgentes et sur les difficultés qui, lorsqu’elles ne sont pas prises en charge à temps, peuvent conduire à des parcours de rupture.