Groenland : pourquoi l’Europe doit-elle se réveiller ?

Le Groenland et les ambitions expansionnistes de Donald Trump sont au cœur de l’actualité. Mais quels sont les enjeux liés à cette escalade des tensions entre l’UE et les USA et quelle est la place de la Belgique ?

L’information est difficile à louper : le président étatsunien Donald Trump veut s’emparer du Groenland, territoire autonome du Danemark. Ce qui pouvait sembler être une « simple » provocation au lendemain de son élection se révèle être une réelle volonté de mener une (géo)politique transactionnelle. Et ceci a provoqué une levée de boucliers de la part de nombreux chefs d’état européens, plaçant ce sujet au cœur de l’actualité.

Mais pourquoi le républicain veut-il absolument s’emparer de ce territoire, au dépend de ses relations avec son allié historique qu’est l’Europe ? Et comment l’UE doit-elle réagir face à cette attitude hostile envers l’un de ses États membres ?

Le Groenland, un territoire stratégique dans la zone arctique

Pour comprendre les derniers échanges entre leaders européens et étatsuniens, il faut replacer cette escalade dans le contexte géopolitique actuel : plusieurs facteurs attirent l’attention de grandes puissances mondiales, dont les États-Unis, sur le Groenland.

Le premier est lié aux conséquences du réchauffement climatique et la fonte des glaces arctiques. Ceci ouvre de nouvelles routes maritimes commerciales, réduisant les distances entre les grands marchés mondiaux, et rend des zones auparavant inaccessibles plus exploitables, malgré des défis techniques considérables.

De plus, géographiquement, le Groenland se situe sur l’axe le plus court entre l’Amérique du Nord et l’Eurasie (donc la Russie). Et donc historiquement, il s’agit du corridor de passage des missiles balistiques et des bombardiers stratégiques venant d’URSS et des USA durant la guerre froide. D’un point de vue stratégie militaire, pour les Etats-Unis, garder un œil et un contrôle strict sur cette région est donc crucial pour pouvoir détecter et stopper une attaque avant qu’elle n’atteigne leur territoire.

Enfin, et c’est un aspect non négligeable, le territoire contient des ressources naturelles importantes (fer, nickel, or et métaux rares) et notamment stratégiques dans le domaine de la défense, ce qui attire les convoitises étrangères.

Ces facteurs font de cette île d’une région isolée un carrefour stratégique entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie.

Arctique

Déclarations expansionnistes de Donald Trump

Maintenant que nous avons exposé en grandes lignes le contexte géopolitique, revenons sur les évènements récents et la situation qui s’est particulièrement envenimée ces dernières semaines. Au lendemain de son arrivée à la Maison Blanche, le président des États-Unis, Donald Trump, avait déjà tenu des déclarations expansionnistes envers le Groenland, parmi d’autres. Cela avait alors suscité de nombreuses réactions du côté européen. Un an plus tard, le 5 janvier, il a réaffirmé son intérêt pour le territoire, allant jusqu’à évoquer l’option d’une acquisition ou d’une implication militaire accrue.

Face à ces déclarations et à la demande du Danemark qui dénonce ces ambitions, plusieurs pays européens, dont la Belgique, ont réagi en déployant des troupes ou en envisageant des exercices conjoints pour soutenir notre allié européen, et au sein de l’OTAN, ainsi que rassurer sur la défense collective du Groenland.

La Belgique en soutien à son partenaire européen

Dans la foulée des déclarations du président étatsuniens, notre ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a rappelé le soutien de notre pays envers le Danemark :

« Il ne peut pas être toléré qu’il y ait la moindre violation de l’intégrité territoriale d’un pays européen ni même un langage hostile à l’attention d’un allié de l’Otan. Si les États-Unis ressentent une menace dans cette partie nord de leur hémisphère, entrons alors en dialogue entre l’Europe, le Danemark, le Groenland, les États-Unis, pour trouver une solution à ces menaces et apaiser leurs craintes. Mais ce n’est pas à travers une démonstration de force ou une menace quelconque qu’une solution pourra être trouvée. La Belgique est totalement solidaire du Danemark et j’en appelle au dialogue. »

Ce positionnement s’inscrit dans une ligne européenne qui met l’accent sur la coopération, la stabilité régionale et la défense collective. Par la suite, et dans la ligne que d’autres pays européens, Maxime Prévot a annoncé la participation de la Belgique à une mission de reconnaissance internationale au Groenland, sous commandement danois, dans le cadre des efforts plus larges de l’OTAN pour renforcer la sécurité en Arctique. Un officier belge y a été déployé afin d’identifier de futures possibilités d’exercices et de présence militaire.

« Cette mission de reconnaissance s’inscrit pleinement dans nos efforts pour renforcer la coopération internationale. La région arctique nécessite une approche commune de tous les alliés, et la Belgique assume ses responsabilités », a-t-il souligné.

Une Europe qui doit s’affirmer

L’escalade ne s’arrête pas là. En réaction au déploiement de troupes européennes au Groenland, Donald Trump a menacé de surtaxes douanières les pays européens qui s’immiscent dans la cause groenlandaise. Ce à quoi le Parlement européen a répondu en décidant de suspende le processus de ratification de l’accord commercial entre l’UE et les Etats-Unis, qui avait été trouvé cet été.

Notre président et eurodéputé Yvan Verougstraete a réagi de son côté en rappelant que cette attitude du président Étatsunien était « tout sauf une surprise », pointant la vision court-termisme de l’Europe face au « Bully » américain :

« Le péché originel est dans la réaction européenne aux premières attaques, une réaction en dessous de tout, trop prudente, trop lente, trop faible. Pour préserver quelques intérêts de court terme, l’Europe a accepté de se laisser écraser sans réagir. Nous l’avons dit dès le départ. Nous avions lancé la campagne StopTheBully et prévenu que Trump n’arrêterait pas. La Commission n’a pas voulu entendre.

 

L’Europe a accepté de se laisser écraser sans réagir.

 

En business, quand la gangrène s’installe, il faut parfois accepter quelques sacrifices pour sauver le reste. En politique commerciale, c’est pareil. Tant que Donald Trump sera convaincu qu’il peut faire du chantage sans réaction, il continuera à en abuser. Aujourd’hui, l’Union européenne parle d’une spirale dangereuse des relations transatlantiques. Cette spirale, nous l’avons laissée s’installer. Et nous en payons désormais le prix.

Le seul moyen de la casser, c’est une réaction forte, unie et assumée. C’est une responsabilité historique. L’avenir de l’Europe se joue ici. Arrêtons d’avoir peur. Face à ce type d’adversaire, la paix ne s’obtient pas par la naïveté, mais par le rapport de force. »

Depuis Davos, notre ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a également réagi en appelant à la désescalade :

« Au-delà de l’état de sidération de ce que nous sommes en train de vivre, et qui doit finalement faire rire uniquement les Chinois et les Russes, avec d’autres ministres des Affaires étrangères nous avons la volonté de mettre la diplomatie en action. Parce que, qu’on le veuille ou non, c’est le dialogue qui permettra d’obtenir une solution. Mais parallèlement, on prépare aussi une batterie de mesures de réactions potentielles. L’enjeu étant de montrer que nous avons aussi des outils qui seraient susceptibles de contrarier les États-Unis pour pouvoir alors entraîner une désescalade et, on l’espère, un retour à la raison. »

 

L’enjeu étant de montrer que nous avons aussi des outils qui seraient susceptibles de contrarier les États-Unis pour pouvoir alors entraîner une désescalade et, on l’espère, un retour à la raison.

La situation évolue chaque jour. Nous espérons que ce petit rappel sur les évènements vous aidera à mieux comprendre les prochaines actualités.

Pour y voir plus clair, nous vous invitons également à visualiser cette courte vidéo :

« Je vous explique »