La guerre, mais après ?

Face à la situation au Moyen-Orient, notre président Yvan Verougstraete alerte : « La géopolitique impose une responsabilité : penser l’après ».

La guerre, mais après ?

Malgré ce que certains voudraient faire croire, la géopolitique ce n’est pas la simple opposition des gentils et des méchants.

La géopolitique confronte des intérêts, des puissances et des stratégies. Elle a des implications concrètes sur le quotidien des femmes, des hommes et des enfants. Sur leur devenir, aussi.

La géopolitique impose une responsabilité : penser l’après.

Personne ne pleurera la fin d’Ali Khamenei.

Son régime, synonyme de chaos, de morts et de souffrances depuis des décennies. Un modèle patriarcal, religieux et autoritaire, où les libertés fondamentales ont toujours été étouffées, les femmes soumises à une police morale, toute forme de dissidence, criminalisée.

Mais l’histoire nous impose un devoir de lucidité. Car la chute d’un tyran ne suffira jamais à bâtir un État stable.

Comme disait Churchill: « Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais c’est peut-être la fin du commencement. »

En effet, personne ne regrette le départ de Nicolas Maduro ou de Bachar El Hassad, ni la disparition de Saddam Hussein, du colonel Kadafi ou de Ben Laden. Au contraire. Mais s’en réjouir béatement serait faire preuve de peu de vision et de peu de mémoire.

La vraie question est : quel sera l’après? Que va-t-on construire ? Comment assurer, dans ce Moyen-Orient aujourd’hui embrasé, une nouvelle stabilité et garantir que l’Iran ne soit pas la nouvelle Syrie, Libye, Afghanistan voire même le nouvel Irak ?

Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis font une démonstration de force… Qui en impressionne certains et donne de l’espoir à beaucoup d’autres… Mais force est de reconnaître que leur « track-record » pour créer une paix durable au bénéfice des peuples et des régions concernées est nettement moins impressionnant.

Reste la question du droit international face à l’ignominie de tyrans comme Khamenei. La tentation de s’asseoir dessus est forte chez certains (surtout du côté de ces pâmés de Fortnite dont je vous parlais). Mais cela serait tirer un trait trop rapide sur l’ambition que l’on a eue, au lendemain de la deuxième guerre mondiale où les grands blocs ont réussi à s’accorder pour remplacer la Société des Nations par l’ONU avec pour ambition d’être en capacité de régler les conflits de manière pacifique.

Cette ambition était saine pour les petits pays comme le nôtre car défendant une vision du monde où tout ne se résumait pas encore au rapport de force ou à la puissance de frappe.

Aujourd’hui, dans ce monde à feu et à sang aux accents de nouvelle guerre mondiale éparpillée un peu partout, nous ne pouvons que reconnaître l’échec actuel d’une ONU paralysée par les droits de véto, dont la réforme était une nécessité de longue date.

Ce constat doit nous amener à réfléchir nous aussi, Européens, à un nouveau cadre pour garantir la paix et l’ordre mondial.

Face à la volonté de certains résumer le droit international au droit du plus fort, nous devons réinventer un nouveau rapport de force, œuvrer pour redéfinir un équilibre mondial loin de la réthorique binaire du Bien et du Mal. L’Europe doit se positionner comme une puissance d’équilibre dans ce monde malmené, qui défende son modèle de société, impose sa voix de la raison et du droit avant que les extrêmes, les trop friands de jeux vidéos ou les obnubilés du « Make America Great Again » ne prennent complètement la main.

Il est temps que nous rassemblions ceux qui veulent construire une puissance politique et militaire, capable d’imposer le respect, de garantir son intégrité mais aussi de défendre le respect de l’Etat de droit.

Ce qui se joue, ce n’est pas uniquement le renversement d’un énième tyran, ce n’est pas seulement une guerre culturelle loin de chez nous, c’est aussi une guerre d’imposition de modèle de société.

Tout l’enjeu est là: quel après voulons-nous léguer aux prochaines générations ?