« Le projet Kanal est-il vraiment le projet de tous les Bruxellois? »
Carte Blanche de notre député bruxellois Mounir Laarissi à propos du projet du musée d’art moderne et contemporain Kanal-Centre Pompidou, présenté ce 29 janvier.
Carte Blanche de notre député bruxellois Mounir Laarissi à propos du projet du musée d’art moderne et contemporain Kanal-Centre Pompidou, présenté ce 29 janvier.
La présentation récente, jeudi 29 janvier, du projet Kanal, organisée à l’approche de son ouverture annoncée, soulève des questions de fond qui méritent un débat public serein, mais lucide. Ces questions ne portent pas sur l’existence même d’un grand projet culturel à Bruxelles (que je soutiens) mais sur la manière dont ce projet est aujourd’hui présenté, incarné et justifié.
J’ai eu, peut-être par malchance pour certains organisateurs, l’occasion d’être présent lors de cet événement. J’ai écouté attentivement les discours, observé la salle, regardé le public. Et je dois le dire clairement : un malaise s’est installé en moi.
Une communication très personnalisée, voire autocentrée
Le discours du CEO de Kanal, Yves Goldstein, a frappé par son caractère extrêmement personnalisé. À plusieurs reprises, le projet a été présenté comme une certitude acquise, presque comme une décision individuelle : « ce projet verra le jour ». Une affirmation martelée, sans nuance, comme si l’enjeu n’était plus collectif, démocratique ou budgétaire.
Plus interpellant encore, le fait de presque se féliciter publiquement de l’absence de responsables politiques dans la salle. Dans une démocratie, et a fortiori lorsqu’il s’agit d’un projet financé massivement par des fonds publics, cette posture pose question.
Kanal n’est pas et ne peut pas devenir le projet personnel de quiconque. Il s’agit d’un projet public, porté par la Région bruxelloise, financé par l’argent des citoyens, et qui doit donc rendre des comptes à ces derniers.
Un entre-soi préoccupant, loin du discours d’ouverture
Au-delà des mots, le public présent ce soir-là racontait une autre histoire.
Une histoire d’entre-soi très marqué, socialement et culturellement homogène. La diversité bruxelloise, pourtant si souvent invoquée dans les discours, était pratiquement absente de la salle. Ce contraste est frappant, et inquiétant.
Car si Kanal ambitionne d’« ouvrir la culture au grand public », alors cette ambition doit se traduire dès aujourd’hui dans les pratiques, les publics invités, les symboles envoyés. Or, l’événement auquel j’ai assisté donnait plutôt le sentiment d’un projet pensé pour un milieu, par un milieu, et non avec l’ensemble des Bruxelloises et des Bruxellois.
Soutenir la culture, oui — concentrer les moyens sans équilibre, non
Soyons clairs :
Personne ne conteste le potentiel de Kanal comme lieu de rayonnement culturel international. Personne ne nie l’intérêt stratégique du site. Et certainement pas Les Engagés, qui ont toujours défendu la culture comme pilier de cohésion sociale, d’émancipation et de transmission.
Mais une question demeure : à quel prix, et au détriment de quoi ?
Alors que le secteur culturel bruxellois traverse une crise profonde, que les académies, bibliothèques, centres culturels, associations locales peinent à maintenir leurs activités, il est légitime de s’interroger sur la concentration de moyens colossaux dans un seul projet.
La culture ne vit pas uniquement dans des bâtiments iconiques. Elle vit aussi et surtout dans les quartiers, les écoles, les académies, les bibliothèques de proximité, les initiatives locales qui touchent un public large et diversifié.
Un appel à plus d’humilité et de responsabilité
Ce qui manque aujourd’hui au projet Kanal, ce n’est pas l’ambition.
C’est l’humilité.
L’humilité de se rappeler que les moyens engagés sont publics.
L’humilité de reconnaître que la légitimité d’un tel projet repose sur l’adhésion collective, et non sur l’autoproclamation.
L’humilité, enfin, de replacer Kanal dans une vision culturelle globale, équilibrée et responsable, à la hauteur des défis financiers que connaît Bruxelles.
Kanal doit être un projet d’intérêt général, profondément bruxellois, inclusif et démocratique. Pas une victoire personnelle. Pas un symbole hors-sol. Pas un projet qui donne le sentiment que tout se décide à huis clos, entre convaincus.
La question mérite donc d’être posée, sans détour: le projet Kanal est-il vraiment le projet de tous les Bruxellois ? »
Mounir Laarissi
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