Les femmes dans les sphères de pouvoir : quelles barrières persistent ?

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars, Les Femmes Engagées et Génération Engagée ont organisé un événement commun car les jeunes femmes sont aujourd’hui souvent les premières confrontées aux nouvelles formes de discriminations et de violences. 

L’événement s’est structuré autour de trois grandes thématiques avec de nombreux intervenantes : Françoise Goffinet, ancienne attachée à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Delara Pouya, porte-parole de la ministre Matz et fondatrice de Women in Power, Lyseline Louvigny, présidente des Femmes Engagées et échevine et la journaliste Florence Hainaut. Les échanges ont été nourris par l’intervention de Noha Devillers, Léna Dortu et Emlyn Delooz de Génération Engagée ainsi que du ministre Yves Coppieters. 

Thématique 1 : Les freins institutionnels et le manque de parité démocratique 

Françoise Goffinet a rappelé que la Belgique dispose aujourd’hui d’un cadre législatif relativement avancé, notamment grâce aux quotas électoraux introduits dans les années 1990 et renforcés par la suite. 

Toutefois, les intervenantes ont souligné que ces avancées restent incomplètes. Dès que les règles deviennent moins contraignantes, la présence des femmes diminue. C’est notamment le cas de structures intercommunales ou dans les postes exécutifs. De plus, l’absence de sanctions ou de mécanismes de contrôle ralentit considérablement les progrès. 

Les intervenantes ont également rappelé que la présence des femmes autour de la table ne suffit pas toujours à garantir une véritable égalité dans les processus décisionnels. Par exemple, au parlement de Wallonie, malgré une présence presque égale de députés femmes/hommes, la prise de parole est de 80% pour les hommes. Le cumul des mandats est aussi un frein à la présence des femmes car c’est souvent des hommes qui cumulent des fonctions et empêchent des femmes et des jeunes de briller. 

Il faut développer des réseaux et des formations destinés à soutenir les femmes dans leur engagement politique pour qu’elles osent s’imposer. 

Thématique 2 : La difficile conciliation entre vie privée et vie professionnelle  

Les données présentées lors du débat montrent que les femmes continuent d’assumer 70% des responsabilités domestiques et familiales. Cette réalité a des conséquences directes sur leur capacité à s’engager dans des fonctions exigeantes en temps et en disponibilité. 

La vie politique repose encore largement sur un modèle de disponibilité permanente : réunions tardives, séances parlementaires nocturnes, déplacements fréquents… 

Par exemple, de nombreux parlements disposent d’infrastructures sportives, mais très rarement de structures d’accueil pour les enfants. Ces éléments illustrent le fait que les institutions ont longtemps été pensées pour des responsables politiques dont les contraintes familiales étaient assumées par d’autres. 

Il est temps de travailler sur des politiques d’égalité pour partager les charges familiales et changer le fonctionnement des institutions. 

Thématique 3 : Les violences et les freins numériques : cyberharcèlement et misogynie 

La journaliste et réalisatrice Florence Hainaut a présenté plusieurs travaux consacrés au cyberharcèlement et à ses conséquences sur la participation des femmes au débat public. Selon une étude internationale, 73% des femmes journalistes ont déjà subi des violences en ligne. 

Ces attaques prennent des formes multiples : insultes misogynes, menaces, campagnes de dénigrement. Elles visent rarement les idées exprimées, mais ciblent leur apparence, leur sexualité ou leur légitimité à prendre la parole. 

Florence Hainaut a également souligné une dimension particulièrement frappante de ces violences : leur objectif dépasse souvent la personne directement ciblée. En projetant la définition du mot « terrorisme » du dictionnaire, elle a mis en lumière un mécanisme comparable : l’utilisation de la peur pour influencer les comportements d’un groupe plus large. 

Lorsqu’une femme est attaquée publiquement en ligne, le message ne s’adresse pas uniquement à elle. Il vise aussi toutes celles qui observent ces violences. L’objectif est de les dissuader de s’exprimer, de s’engager ou de prendre la parole dans l’espace public. 

Face à cette réalité, il faut renforcer les outils juridiques de lutte contre le cyberharcèlement et mieux accompagner les femmes engagées face aux violences numériques.