Gratuité des transports publics : bonne ou mauvaise solution ?

L’actualité du TEC a remis le sujet à l’actu : à partir du 1er février 2027, les tarifs seront rééquilibrés. Mais pourquoi ? Des transports gratuits, cela peut sembler une bonne idée. La question n’est peut-être pas tant de savoir si le transport public doit être gratuit, mais de rechercher le meilleur usage de l’argent public pour concilier maintien d’un pouvoir d’achat et transition écologique.

Avec l’augmentation du coût de la vie, chaque dépense compte. Se déplacer pour aller travailler, étudier, faire ses courses ou accompagner ses enfants est devenu un poste important dans le budget de nombreux ménages. Et lorsque les prix de l’énergie repartent à la hausse, comme nous le vivons pour le moment avec la crise du détroit d’Ormuz, la question du coût des déplacements devient encore plus sensible. Aujourd’hui, selon la dernière enquête menée par l’Office belge de statistiques Statbel, les ménages wallons consacrent 13% de leur budget aux déplacements.

 

Le prix réel de la gratuité

Dans ce contexte, la gratuité des transports publics peut sembler être une réponse évidente. Mais quel est le prix réel de la gratuité ? Un transport public « gratuit » ne l’est évidemment jamais. Le bus, le chauffeur, le carburant ou l’électricité, l’entretien, les dépôts, les infrastructures et les investissements ont toujours un coût. La seule différence est de savoir qui paie : l’usager ou la collectivité. Lorsque le prix payé par l’usager diminue, la facture ne disparaît pas pour autant. Elle est transférée vers le budget public et donc, in fine, vers l’ensemble des contribuables. A une époque où les finances publiques sont sous pression, avec le besoin d’assainir pour éviter un emballement de la dette publique en raison de taux d’intérêt qui remontent, cette discussion doit pouvoir être éclairée.

Si on se place du côté de l’usager, les études montrent que le prix est loin d’être le seul déterminant du choix de mobilité. La fréquence, la ponctualité, la durée du trajet, les correspondances, la proximité des arrêts et la couverture du territoire jouent un rôle essentiel. Les études montrent depuis longtemps que la gratuité a un effet limité sur le report de la voiture vers les transports collectifs, en particulier lorsque l’offre était insuffisante ou de qualité moyenne. Et pire, même, la gratuité peut encourager à un report modal non souhaité en milieu citadin, c’est-à-dire des cyclistes et piétons quotidiens profitent de l’opportunité du bus gratuit plutôt que pratiquer leur activité physique.

Un service de qualité

Les rares villes dans lesquelles la gratuité des transports en commun a produit des résultats, dont la ville de Dunkerque, souvent prise en exemple, ont bénéficié d’une refonte complète du réseau, avec plus de fréquences (un bus toutes les 10 minutes sur les principales lignes) et l’élargissement de l’offre. Dans le contexte d’économies budgétaires de cette législature, le gouvernement Azur a choisi de maintenir la dotation octroyée à LETEC, tout en objectivant les résultats de la quasi-gratuité par le biais d’une étude. L’objectif, dès le début de la législature, était simple : chaque euro public doit être investi là où il produit le plus de bénéfices pour la collectivité.

Les études réalisées ont démontré qu’il n’y a pas de corrélation significative entre quasi-gratuité et transfert modal de la voiture au bus ou au tram, et par ailleurs, que les priorités des usagers vont à la fiabilité et à la qualité du transport avant le prix. Le constat est donc clairement posé : il ne peut y avoir de gratuité efficace sans une amélioration du service. Et donc, avant de rendre les transports gratuits, rendons-les suffisamment performants pour donner envie de les prendre.

Améliorer l’expérience-client

Il s’agit donc d’investir d’abord dans une offre qui donne envie : plus de fréquences, des bus qui passent à l’heure, de meilleures correspondances, une desserte renforcée des zones rurales et périurbaines, des horaires adaptés aux réalités professionnelles et familiales. Et une meilleure articulation avec le train, le vélo et le covoiturage.

Car améliorer l’offre, c’est améliorer l’expérience-client, peu importe son âge et la fréquence à laquelle il emprunte les transports en commun, c’est réduire le temps perdu à attendre, limiter les correspondances impossibles et les imprévus de tous genre. Agir sur tous les inconvénients que l’on subit au quotidien.

Et assumer ses missions de service public

Alors oui, bien sûr, les transports publics doivent rester abordables. La mission des services publics est de protéger celles et ceux pour qui le prix constitue un véritable obstacle à la mobilité. Et c’est le cas, dans le cadre de la révision des tarifs du TEC, les moins de 12 ans, les familles nombreuses et les publics précarisés conservent un tarif préférentiel. Les tarifs sociaux et familiaux bien ciblés doivent appuyer les personnes en risque de précarité.

La mission de service public est aussi d’assurer la recherche de l’intérêt général, et donc en l’occurrence, en 2026, alors que cette année plus que jamais, se sont fait ressentir les effets du dérèglement climatique, la mission des organismes de transport public est aussi de contribuer à accélérer la transition vers une société décarbonée. On relativise peut-être un peu plus cette question avec l’avènement des voitures électriques sur nos routes, mais dans un contexte où le secteur du transport est le seul à voir ses émissions de gaz à effet de serre augmenter et où le cout des embouteillages (du au trop plein de voitures sur les routes) se chiffre chaque année en milliards pour notre économie (5 milliards en 2024), il est une mission d’intérêt général d’accélérer le report modal de la voiture aux transports en commun.

En conclusion, rendre les transports publics gratuits peut sembler, de prime abord, une excellente idée. C’est simple, populaire et cela peut faciliter la mobilité de celles et ceux qui ont le moins de moyens. Mais si l’objectif est aussi de réduire les embouteillages, les émissions et la dépendance à la voiture, la gratuité n’est pas nécessairement le meilleur premier investissement. Il y a une voie médiane que nous choisissons : des transports publics de qualité et à un prix abordable, avec une attention pour permettre à chacune et à chacun de les emprunter.