Tu étais indépendante avant de te lancer en politique, qu’est-ce qui t’a poussé à t’engager dans la chose publique?
Un copain est venu me trouver. Il était déjà conseiller communal et il trouvait que ça manquait de jeunes femmes dynamiques qui s’investissaient pour leur commune. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, même si je savais ce que c’était un conseiller communal. Et puis j’ai dit oui et j’ai fait un score qui m’a permis d’être directement échevine. Ça a été un peu un questionnement, parce que je savais que je voulais encore au moins un enfant et donc je ne savais pas trop comment j’allais concilier tout ça. Mais je me suis dit: «/Ok, ça ne se présente pas mille fois dans la vie, donc vas-y ! ». Et puis je me suis laissée vivre et ça a été une super belle expérience.
Et du coup, est-ce que tu as rencontré des obstacles dans ton mandat d’Échevine en tant que jeune maman ?
Justement, je suis tombée enceinte très vite. J’étais là depuis même pas un an quand j’ai eu ma fille, ma troisième. Ce n’était pas vraiment un obstacle, mais j’ai siégé avec elle qui était toute petite, puisqu’il n’y a pas de congé de maternité qui soit vraiment prévu pour les échevines. Comme on avait une majorité toute courte, 13 sièges sur 25, je ne pouvais pas me permettre de manquer le conseil communal, sinon on ne s’avait pas voté. Et donc, j’ai siégé avec ma fille qui n’avait même pas trois semaines. Ça s’est bien passé, mais c’est clair que c’est quelque chose sur lequel je pense qu’on doit travailler. Parce que beaucoup de femmes verraient ça comme un frein et ne voudraient pas s’investir pour de telles raisons. Moi, je l’ai fait, je suis un peu folle, mais on doit améliorer les choses à ce niveau-là.
Puisqu’il n’y a pas de congé de maternité prévu pour les échevines, j’ai siégé avec ma fille qui n’avait même pas trois semaines au conseil communal.
Comment cela se fait qu’il n’est pas possible de prendre un congé de maternité ?
Ce n’est pas prévu dans le code de démocratie locale. On peut prendre un congé de maladie sur du long terme et se faire remplacer, mais ce n’est pas le cas pour un congé de maternité. Quand on sait qu’il y a seulement 40% des échevins et échevines qui sont des femmes et 20% de bourgmestres, on voit bien qu’il y a moins de femmes dans les postes vraiment à responsabilité. On veut donc lever ce frein pour inciter les femmes à s’engager. Avec une députée MR on travaille sur le dépôt d’un texte au Parlement pour changer ce code de démocratie locale. C’est un petit article à modifier qui permettra aux bourgmestres et aux échevines de pouvoir prendre un congé de maternité.
Est-ce qu’il y a d’autres freins pour l’engagement des femmes en politique ?
Il faut travailler sur plein d’aspects, c’est sûr, mais tout n’est pas facile à mettre en place. Je pense déjà à une chose: c’est l’image de la politique, ce que c’est. Il faut davantage sensibiliser les femmes à ce que c’est, et qu’elles sont compétentes et pertinentes dans ces missions-là. La population est composée à environ 50 % d’hommes et 50 % de femmes. On doit donc tendre vers la parité dans les postes à responsabilité pour que les décisions soient prises avec une vue aussi bien féminine que masculine. On ne peut pas écarter certaines thématiques parce que l’un ou l’autre est sous-représenté. Il faut travailler à cette image et nous, en politique, nous devons montrer l’exemple. Chez les engagés, nous le faisons super bien puisque sur sept ministres, nous avons trois femmes, nos chefs et cheffes de groupe sont majoritairement des femmes, et nous avons plein de femmes bourgmestres. Nous avons une vraie volonté de montrer l’exemple.
Je pense qu’il y a aussi un travail à mener au niveau pratique. La politique prend beaucoup de temps, avec de nombreuses réunions en soirée, de le week-end, etc. Et il n’y a rien à faire, pour le moment, il y a plus de femmes qui gèrent la charge mentale et l’organisation familiale. Nous devons travailler là-dessus.
Nous devons donc améliorer notamment ces aspects-là pour que les femmes se sentent pertinentes et qu’elles aient envie de s’investir et ne pas grappiller tout le temps sur leur temps privé.
En tant qu’Échevine tu étais parvenue à rester indépendante, mais aujourd’hui en tant que députée tu as dû remettre ton commerce. Quels sont les obstacles auxquels tu as dû faire face dans ce nouveau mandat ?
Le rôle de député c’est au moins un temps plein, voir plus. Ça prend énormément de temps. C’est aussi une exposition publique. On est vu un peu plus dans les médias, on nous reconnaît un peu plus dans la rue, gentiment. Mais donc j’incarnais un peu l’image de mes commerces, j’étais encore très présente dans les magasins, et ce n’était pas toujours facile d’avoir une parole libérée, de pouvoir m’exprimer sur des sujets en étant en même temps au commerce, comme on dit. Ce n’était donc pas super combinable.
Et puis en terme de charge de travail, je l’ai fait la première année de mon mandat et ça a été une année vraiment très intense. Mes enfants en ont un peu souffert, surtout ma dernière qui a 6 ans maintenant. Ça a été un choix difficile à prendre parce que je suis une femme de défi et que je voulais vraiment pouvoir tout combiner. Mais au bout d’un moment, il faut pouvoir se rendre compte de ce qu’on est capable de faire et moi j’avais envie de m’investir très fort dans ce mandat politique où les enjeux sont super importants. On est à un moment clé dans l’histoire de notre pays, avec des gros défis et j’avais envie de pouvoir et j’avais envie de pouvoir mettre tout mon temps, toute mon expertise au service de la politique, des citoyens. Et donc j’ai choisi de céder mes commerces. Et c’était aussi pour protéger mon personnel, afin qu’elles évoluent avec quelqu’un qui allait être investi pleinement sur le projet.
Et aujourd’hui, comment trouves-tu ton équilibre entre vie politique et vie privée ?
Ca va mieux. Ca reste compliqué car la politique c’est très prenant. Il y a aussi toujours de la représentation sur des évènements, le soir et le week-end. Mais au moins j’arrive à consacrer du temps à ma famille et ma dernière fille est super contente. Elle commence à découvrir un peu plus sa maman et j’arrive à me dire que je passe un peu plus de temps avec eux, tout en étant 100% focus sur un seul projet professionnel. Je pense que c’est plus facile.
As-tu un conseil pour les jeunes qui n’oseraient pas s’investir en politique de peur de perdre cet équilibre personnel ?
La politique c’est un engagement comme un autre. Il y a plein de jeunes qui s’investissent dans l’associatif, dans les mouvements de jeunesse. Et en faisant ça, ils arrivent à trouver leur équilibre vie privée et vie associative. Mais au fur et à mesure qu’on évolue, on peut de plus en plus s’investir dans un combat politique parce qu’on a besoin de gens qui s’engagent, de gens passionnés, même si c’est vrai que ça prend du temps. Mais la passion ça prend du temps. Les artistes mettent beaucoup d’énergie dans leur passion. La politique c’est pareil et c’est réellement important d’avoir des jeunes hommes et femmes pour relayer toutes les réalités de terrain de toutes les catégories d’âge.