Les réformes de l’enseignement en toute transparence

Les mouvements de grèves, les inquiétudes et l’incompréhension qui montent depuis des mois dans le monde enseignant sont des signaux que nous prenons très au sérieux. Trop de chiffres ont été isolés, trop de raccourcis ont brouillé la compréhension, et les doutes ont parfois laissé place à des certitudes fragiles. Face à cela, nous faisons un choix simple mais essentiel : celui de la transparence, de l’honnêteté et de la clarté.

Prenons le temps de regarder la réalité en face. Ensemble. Faisons le point.

Une réponse à la hauteur de vos questions

Nous ne nions pas l’exigence des choix posés. Néanmoins, ils ont été pensés avec soin, concertés avec les acteurs du terrain et animés par la volonté selon laquelle chacun contribue équitablement à redresser la situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sans sacrifier ce qui fait la force de notre enseignement. Ce dossier, nous l’avons construit pour aller au-delà des slogans et des simplifications, et parce que les enseignants, les directions, les familles et les étudiants méritent une réponse honnête.

C’est la mesure qui suscite peut-être le plus d’incompréhension. C’est pourquoi il nous apparait essentiel d’en expliquer le contexte.

Un retour à la norme d’avant 2018

Ce retour à 22 périodes n’est pas une nouveauté : c’était la norme avant 2018. Il s’inscrit dans un contexte de pénurie d’enseignants bien réelle, tout en recherchant une meilleure cohérence entre les différents niveaux d’enseignement et rejoignant les pratiques de plusieurs pays européens. Les enseignants du secondaire supérieur renforcent ainsi leur présence pédagogique au bénéfice direct des élèves.

Il s’agit, en ce sens, d’un ajustement pragmatique qui permet de maintenir les autres priorités éducatives sans dégrader la qualité du travail enseignant.

Des meures d’accompagnement concrètes

Conscient de l’impact concret de cette mesure sur le quotidien des enseignants, le gouvernement a veillé à l’accompagner de dispositifs de soutien :

  • Les enseignants débutants et ceux de plus de 60 ans bénéficient d’une réduction de deux périodes.
  • Les jeunes diplômés de formations en 4 ans voient leur salaire revalorisé de 5 %.
  • Les directions du fondamental et les maîtres de stage sont également mieux reconnus.
  • Les enseignants non nommés disposent quant à eux d’un an sans réaffectation forcée pour se stabiliser.

Pas de licenciements

Concernant la suppression de postes, nous nous voulons rassurants : il n’y aura pas de suppressions d’emplois au sens strict. 

Néanmoins, il est effectivement vrai qu’entre 1.300 et 1.400 enseignants pourraient perdre une partie de leurs heures de prestation et c’est une réalité que notre gouvernement prend au sérieux et sur laquelle nous serons extrêmement vigilant.

Ces situations seront toutefois absorbées par les plus de 2.000 départs naturels enregistrés chaque année, retraites notamment, sans qu’il y ait de coupes nettes dans les emplois.

Les maladies graves restent protégées à 100 %

Pour les maladies graves et de longue durée, le traitement est maintenu intégralement à 100 %.

C’était une ligne rouge pour notre Mouvement et elle a été tenue ! 

Une harmonisation avec le reste de la fonction publique

Pour les autres situations de mise en disponibilité pour maladie, le taux passe de 80 % à 60 %. Cette mesure répond une logique d’harmonisation avec les autres secteurs de la fonction publique, qui appliquent déjà ces règles. Le pot maladie et les exceptions pour les pathologies lourdes sont par ailleurs maintenus.

Protéger ceux qui en ont le plus besoin et harmoniser ce qui peut l’être est la logique qui a guidé ces choix.

Un chiffre circule : le budget aurait été divisé par 6. C’est inexact.

L’enveloppe avait été portée à 21 millions d’euros mais seuls 16 millions étaient réellement utilisés par les écoles. Le gouvernement en conserve 14 millions, soit une réduction bien plus limitée que ce qui est souvent avancé.

Ce qui change ici, c’est la méthode et non pas la priorité.

  • L’ancien système fonctionnait par appels à projets, ce qui le rendait inégalitaire, lourd administrativement et finalement sous-utilisé. Seules certaines écoles à encadrement différencié en bénéficiaient.
  • Les 14 millions sont désormais intégrés directement aux moyens de fonctionnement de toutes les écoles concernées, sans paperasse inutile.
  • Près de 40 % des écoles recevront ainsi davantage qu’auparavant, notamment celles qui étaient jusqu’ici exclues du dispositif.

En bref, chaque école garde la liberté d’utiliser ces moyens comme elle l’entend : repas gratuits, tarifs réduits ou autres formes de soutien alimentaire adaptées à son public.

Cette autonomie est renforcée par la mesure « un élève = un élève » adoptée en 2025, qui apportera près de 50 millions d’euros supplémentaires d’ici 2034 aux écoles libres et officielles subventionnées.

Une évaluation sera également menée pour mesurer les effets de la réforme et ajuster le dispositif si nécessaire.

Les repas scolaires restent donc une priorité !

Contrairement à ce qui a été relayé, la gratuité des fournitures scolaires n’est pas supprimée. Au contraire, elle est même étendue !

  • L’ancien dispositif, en vigueur depuis 2019, couvrait uniquement la 1re maternelle à la 3e primaire et était perçu comme administrativement lourd.
  • Dès la rentrée 2026, il laisse place à une mesure progressivement généralisée à l’ensemble du fondamental.
  • Suite aux concertations avec les fédérations de pouvoirs organisateurs, la gratuité s’étend aux 4e et 5e années primaires en 2026-2027, puis à la 6e année en 2027-2028.

Ce phasage progressif permet aux écoles subventionnées de bénéficier des effets croissants de la mesure « un élève = un élève » adoptée en 2025. Les écoles sont accompagnées dans cette transition, notamment via une circulaire dédiée.

Cette réforme est aussi l’occasion de faire évoluer les pratiques vers une gestion plus responsable et durable du matériel scolaire.

Aujourd’hui, 1.701 enseignants sont en congé de leur fonction scolaire pour travailler dans des fédérations de pouvoirs organisateurs, des associations, des mouvements de jeunesse ou le secteur culturel, tout en continuant à être rémunérés par le budget de l’enseignement.

Le gouvernement maintient cette possibilité, mais demande progressivement que ces salaires soient pris en charge par les employeurs réels.

En contrepartie, ces organisations reçoivent des moyens financiers supplémentaires, équivalant à environ 70 % du coût salarial actuellement supporté par l’enseignement. Elles y gagnent également en liberté : elles pourront engager le profil qu’elles souhaitent, sans que ce soit nécessairement un enseignant.

L’objectif est donc de :

  • Préserver les missions essentielles de ces acteurs tout en renforçant progressivement la présence des enseignants devant les classes.
  • Garantir un enseignant pour chaque classe dans ce contexte de pénurie.

Le minerval n’a pas été indexé depuis 2010 et ce rattrapage était inévitable. Toutefois, le gouvernement a fait le choix de le rendre plus juste en le modulant selon les revenus des familles.

Concrètement, quatre catégories d’étudiants sont distinguées :

  • Les étudiants boursiers, soit plus d’un étudiant sur cinq, restent totalement exemptés.
  • Les étudiants à statut modeste, une catégorie amenée à passer de 1% à 10% de la population étudiante, paieront 384 euros par an.
  • Les étudiants à statut intermédiaire, également 10 % de la population étudiante,  s’acquitteront de 835 euros
  • Les autres étudiants paieront le minerval plein fixé à 1.194 euros.

Cette progressivité est au cœur de la mesure où chacun contribue selon ses moyens et les plus vulnérables sont protégés.

Elle permet par ailleurs de générer des recettes supplémentaires sans réduire le financement des établissements, préservant ainsi la qualité de l’offre de formation.

Plus juste, plus adapté à la réalité socio-économique des étudiants et de leurs familles : c’est le sens de cette réforme.

Agir aujourd’hui pour préserver demain

La Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut plus ignorer la réalité de ses finances. Son déficit se creuse depuis des années et, sans action résolue, ce sont ses missions fondamentales qui seraient progressivement menacées. Le gouvernement s’est donc fixé un cap : stabiliser ce déficit à 1,2 milliard d’euros d’ici 2029, pour amorcer ensuite un retour progressif vers l’équilibre.

La contrainte est structurelle. La Fédération ne dispose pas de recettes fiscales propres et ne peut donc pas lever de nouveaux impôts pour compenser ses dépenses. Dans ce contexte, chaque choix doit être pesé et chaque euro justifié.

C’est dans cet esprit que le gouvernement, sous la conduite de notre ministre-présidente Elisabeth Degryse, a engagé dès l’été des travaux budgétaires rigoureux, appuyés par un comité d’experts indépendants chargés d’objectiver la situation. Les mesures qui en découlent ont été choisies pour leur équité et parce qu’elles font sens. Tous les secteurs ont été mis à contribution, sans exception.

Si nous n’agissons pas maintenant, ce sont 600 millions d’euros qui partiront chaque année en remboursement d’intérêts de la dette d’ici 2029, contre 350 millions aujourd’hui. Stabiliser le déficit, c’est précisément éviter ce scénario et réorienter cet argent vers ce qui compte vraiment : nos écoles, nos enseignants, nos étudiants.

Ce chemin, nous ne voulons pas le faire seuls. Depuis le début, nous avons choisi la transparence sur la situation réelle de nos finances publiques, la concertation plutôt que l’imposition, le dialogue plutôt que le rapport de force. Les syndicats et les fédérations de pouvoirs organisateurs ont été associés à chaque étape et leurs voix ont changé des choses concrètes.

Une seule boussole a guidé chaque décision : préserver ce qui constitue le cœur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Former, ouvrir à l’altérité, soutenir les plus fragiles, garantir l’équité pour tous sont des missions que notre Mouvement n’est pas prêts à sacrifier.

Préparer l’avenir sans renoncer à nos valeurs

Ces derniers mois ont été éprouvants pour les enseignants qui vivent ces réformes dans leur quotidien, souvent avec le sentiment de ne pas être entendus ; pour les familles qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants ; pour les étudiants qui se demandent quelle place la société leur réserver. Cette inquiétude, nous ne la minimisons pas.

Depuis octobre 2025, des décisions difficiles ont été prises. Il n’y en aura pas d’autres durant cette législature. C’est un engagement ferme que nous prenons devant chaque enseignant, chaque direction, chaque parent et étudiant qui nous lit aujourd’hui.

Nous voulons une Fédération Wallonie-Bruxelles qui continue à investir dans ses enfants, ses enseignants, ses écoles et ses universités, mais qui le fasse avec lucidité et responsabilité. Nous avons le courage de changer pour préparer l’avenir, sans fausse promesse, mais avec une véritable vision.

 

L’enseignement, c’est notre projet de société et nous n’avons pas l’intention de l’oublier.