LETEC : la réforme tarifaire expliquée sans caricature

Beaucoup de raccourcis circulent sur la réforme tarifaire du TEC, qui se résument à une simple hausse de prix. La réalité est bien plus nuancée. Cette réforme vise à retrouver un financement équilibré et pérenne du transport public wallon, tout en maintenant une forte solidarité envers les publics qui en ont le plus besoin. On vous explique.

Les communications, les caricatures et les raccourcis qui circulent concernant la réforme tarifaire du TEC se résument, sans contexte et sans argument, à une simple hausse de prix. Comme vous vous en doutez, la réalité et le sens de la réforme sont bien plus nuancés.

Rappelons d’abord que la nouvelle grille tarifaire n’entrera en vigueur que le 1er février 2027. Les abonnés actuels ne seront pas concernés du jour au lendemain : les abonnements déjà achetés continuent jusqu’à leur échéance. Une personne qui achète un abonnement annuel le 31 janvier 2027 (ou avant) conserve ainsi son tarif actuel jusqu’au 31 janvier 2028.

1. Le TEC reste massivement financé par la collectivité

En 2026, la Wallonie consacre plus de 877 millions d’euros au financement de l’OTW, soit environ 235 € par habitant. L’objectif n’est donc pas de faire payer le transport public par les voyageurs, mais de rééquilibrer progressivement la part prise en charge par l’usager et celle assumée par l’ensemble des contribuables.

Le taux de couverture des recettes doit ainsi passer progressivement de 10 à 14 %, un niveau comparable à celui de De Lijn. Même après cette évolution, l’essentiel (86 %) du financement restera assuré par l’impôt payé par tous les Wallons, usagers ou non.

2. Les quasi-gratuités précédentes n’étaient pas un financement structurel

Il est important de rappeler que les tarifs très réduits et régimes de quasi-gratuité mis en place ces dernières années n’étaient pas financés par une recette structurelle et pérenne.

Ils ont notamment été financés dans le cadre du Plan de relance européen, au moyen de subventions reposant sur de l’emprunt à long terme. Lorsque les moyens prévus se sont révélés insuffisants, des financements complémentaires ont dû être mobilisés, notamment au détriment d’une enveloppe initialement destinée à la reconstruction après les inondations.

Autrement dit, ces tarifs particulièrement bas ont pu être proposés dans un contexte exceptionnel, mais ils ne constituaient pas un modèle de financement durable du service public. La dette créée pour financer l’offre des dernières années devra être remboursée, avec intérêts. Dans un contexte où la Wallonie doit maîtriser son endettement et ses dépenses, il est nécessaire de distinguer une mesure temporaire financée par de la dette d’un financement structurel soutenable.

3. La gratuité n’a pas produit le report modal attendu

L’expérience des quasi-gratuités apporte un enseignement important : le prix ne suffit pas à faire abandonner la voiture au profit du bus. L’étude réalisée pour le TEC ne met pas en évidence de corrélation significative entre la baisse des tarifs et l’augmentation des validations. La fiabilité, la fréquence, la ponctualité, le confort et la couverture du réseau sont des facteurs déterminants.

L’enjeu est donc de consacrer davantage de moyens à ce qui peut rendre le transport public réellement attractif : un bus qui passe à l’heure, un réseau adapté aux besoins et une meilleure intermodalité avec le train.

4. La solidarité reste au cœur du dispositif

La réforme ne signifie pas la fin de la solidarité. Les moins de 12 ans restent gratuits, les familles nombreuses conservent leur réduction et les publics précarisés bénéficient toujours de tarifs préférentiels.

Le tarif jeune est même étendu jusqu’à 25 ans, à 15 € par mois en formule Classic. Le tarif BIM est fixé à 60 € par an et les 65+ à 120 € par an en voyageant après 8h30. Le ticket Classic reste par ailleurs à 2,80 € pour 90 minutes.

5. Une contribution supplémentaire doit avoir une contrepartie

Si l’usager contribue davantage, le TEC doit lui aussi prendre davantage ses responsabilités.

La réforme s’accompagne donc d’exigences sur la fiabilité du réseau, l’adaptation de l’offre, les correspondances bus-train, la simplification de la billettique, la lutte contre la fraude et le développement du transport à la demande.

Par conséquent, il ne s’agit donc pas de faire payer davantage pour payer davantage. Il s’agit de sortir d’un modèle où des tarifs exceptionnellement bas ont été soutenus par des financements exceptionnels et de la dette, pour construire un système financièrement soutenable, socialement ciblé et exigeant sur la qualité du service.