Chères enseignantes, chers enseignants,
Depuis plusieurs mois, et plus encore ces dernières semaines, beaucoup d’entre vous nous ont écrit, interpellés, rencontrés. Vous nous avez fait part de votre fatigue, de votre incompréhension, devenue de la colère, voire parfois de votre sentiment de trahison à notre égard.
Nous tenons à répondre avec honnêteté et franchise. Au-delà des débats parlementaires, médiatiques ou des slogans, parfois animés, nous partageons la même conviction : aucune société démocratique ne progresse durablement sans un socle solide, à savoir un enseignement de qualité. Et un enseignement de qualité repose avant tout sur celles et ceux qui le font vivre chaque jour : les membres de sa communauté éducative, ses enseignants, celles et ceux qui raccommodent chaque jour ce que la société effiloche. Vous le faites avec engagement, avec implication, souvent avec passion, parfois jusqu’à l’épuisement.
Nous connaissons les réalités de votre quotidien : les préparations, les corrections, la gestion de classe, l’accompagnement d’élèves parfois en difficulté et un sentiment de reconnaissance qui n’est pas toujours à la hauteur de votre engagement.
De plus, nous entendons aussi que le calendrier de ces réformes, dans un contexte déjà chargé pour les équipes éducatives accentue les tensions et les incompréhensions. Nous avons également remis en question ce calendrier.
Mais nous ne renonçons à rien, ni à nos convictions ni à nos combats, et nous assumons en même temps que l’époque exige une correction financière douloureuse. La mandature précédente, sous le coup des crises successives (COVID, inondations, Ukraine), a laissé des finances publiques fortement fragilisées, qui atteignent aujourd’hui des limites dangereuses en termes de soutenabilité et de financabilité.
Ces fragilités résultent de la combinaison d’une baisse des recettes et d’une hausse des dépenses.
Les crises successives ont surtout contribué à concentrer l’attention politique sur leur gestion immédiate, au détriment d’une trajectoire budgétaire plus structurelle. Aujourd’hui, l’enjeu est de redresser ces finances publiques afin d’éviter qu’à l’horizon d’une dizaine d’années nous ne devions supporter environ 1 milliard d’euros de charges d’intérêts supplémentaires. Ce que nous faisons aujourd’hui vise donc à préserver ces marges pour l’enseignement, la culture et la jeunesse, plutôt que de les voir absorbées par la dette.
Non, l’enseignement n’est pas une variable d’ajustement, mais, comme tous les secteurs de la société, il devra prendre aussi sa part dans l’effort sociétal commun. Nous le regrettons, mais ne pas l’assumer serait irresponsable.
Aucune réforme durable ne peut prospérer dans un climat de défiance généralisée. Le dialogue n’est jamais une faiblesse. C’est une nécessité démocratique. L’enjeu, désormais, est de réconcilier le temps parlementaire et législatif avec le temps scolaire et celui du terrain.
Et, connaissant nos valeurs, notre histoire et notre proximité avec le monde de l’enseignement, vous vous doutez bien que, si nous soutenons ces réformes globales, c’est parce que nous sommes intimement convaincus qu’elles sont nécessaires pour préserver l’avenir même de la Fédération et de ses missions.
Le décret Programme II contient des mesures difficiles que nous ne minimisons pas. Il contient aussi des avancées réelles que le fracas du débat a rendues peu audibles : un tutorat renforcé, une revalorisation des directions, un accès élargi à certains barèmes supérieurs, des périodes retirées face-classe en début de carrière et après 60 ans. Ces avancées tiennent mal dans un slogan, mais elles comptent.
Si aujourd’hui les propos que nous vous partageons avec franchise et transparence au travers de cette lettre résonneront difficilement en vous, sachez que, dans le contexte qui est le nôtre, nous continuerons à défendre les valeurs d’un enseignement démocratique, participatif et inclusif, en respectant les différents acteurs du monde de l’enseignement, des élèves aux directions en passant par les parents et les enseignants.
Avec respect et considération,
Les députés Les Engagés à la Fédération Wallonie-Bruxelles