Le 1er octobre, la Journée internationale des personnes âgées nous invite à regarder autrement le vieillissement de notre société.
En Belgique, plus d’une personne sur cinq a aujourd’hui 65 ans ou plus. Cette évolution démographique est souvent présentée comme un défi, parfois même comme un problème : coût des pensions, dépenses de santé, financement de la dépendance, pénurie de personnel dans les soins…
Ces questions sont légitimes. Mais elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Les personnes âgées ne sont pas seulement bénéficiaires de la solidarité. Elles en sont aussi des acteurs essentiels.
Elles accompagnent leurs enfants et petits-enfants. Elles soutiennent des proches malades ou dépendants. Elles s‘investissent dans les associations, le volontariat, les mouvements sociaux, culturels et sportifs, les conseils consultatifs et la vie démocratique. Elles transmettent des connaissances, des métiers, une mémoire et une expérience. Elles consomment, épargnent, investissent et participent pleinement à l’économie.
Cette contribution reste trop souvent invisible parce qu’elle n’apparaît pas dans les indicateurs économiques traditionnels.
Il est temps de changer de regard.
Passer du « coût du vieillissement » à la contribution des générations
Une société qui vit plus longtemps est d’abord une réussite collective. L’allongement de l’espérance de vie est le résultat des progrès sociaux, sanitaires, économiques et scientifiques accomplis depuis plusieurs générations.
Nous devons évidemment préparer collectivement son financement. Mais réduire le débat sur le vieillissement à son coût budgétaire conduit à présenter progressivement les générations les unes contre les autres.
Nous refusons cette opposition.
Les jeunes ont besoin des générations qui les ont précédés. Les personnes âgées ont besoin d’une société qui investit dans sa jeunesse. Travailleurs, familles, enfants, personnes retraitées et personnes très âgées appartiennent à une même communauté de destin.
La solidarité entre les générations n’est pas un problème à résoudre. Elle est une force à préserver.
Les personnes âgées demandent d’abord à rester des citoyens
Vieillir ne fait pas disparaître les droits fondamentaux.
Toute personne doit pouvoir conserver, aussi longtemps que possible, son autonomie, ses choix et sa capacité à participer aux décisions qui la concernent.
Cela signifie pouvoir disposer d’un revenu permettant de vivre dignement, accéder à des soins de santé de qualité, choisir son lieu de vie, se déplacer, disposer d’un logement adapté, maintenir des relations sociales et accéder aux services publics et privés.
Cela signifie également que la numérisation ne peut devenir une nouvelle forme d’exclusion.
Le progrès numérique constitue une formidable opportunité. Mais une société inclusive doit toujours garantir des alternatives accessibles aux personnes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas utiliser exclusivement les outils numériques.
Un droit qui n’est accessible qu’à travers un écran risque de ne plus être un droit pour tout le monde.
Combattre l’âgisme
Notre société doit également combattre une discrimination encore trop banalisée : l’âgisme.
À partir d’un certain âge, trop de personnes ont le sentiment que leur parole compte moins, que leurs compétences sont dépassées ou que certaines décisions peuvent être prises à leur place.
L’âge ne peut devenir un critère implicite d’exclusion de l’emploi, des soins, du logement, des services financiers, de la mobilité, de la culture ou de la participation citoyenne.
Une personne de 70, 80 ou 90 ans reste d’abord une personne, avec son histoire, ses capacités, ses fragilités, ses projets et ses droits.
Et les personnes âgées ne constituent évidemment pas un groupe homogène. Les réalités d’une personne de 65 ans encore professionnellement active, d’une personne de 75 ans très engagée dans le volontariat ou d’une personne de 90 ans confrontée à une perte d’autonomie sont profondément différentes.
Les politiques publiques doivent reconnaître cette diversité.
Ne plus décider pour les aînés sans les aînés
La reconnaissance passe enfin par la participation.
Les personnes âgées possèdent une expertise particulière : celle de leur propre vie.
Les organisations représentatives des aînés et les conseils consultatifs doivent donc pouvoir intervenir suffisamment tôt dans l’élaboration des politiques publiques qui les concernent : pensions, santé, mobilité, logement, services publics, numérisation, lutte contre la pauvreté, autonomie et participation sociale.
La consultation ne peut se limiter à demander un avis lorsque les décisions sont pratiquement prises.
Consulter, c’est écouter avant de décider.
Nous appelons dès lors les différents niveaux de pouvoir de notre pays à renforcer structurellement le dialogue avec les organisations représentatives des personnes âgées et à mieux prendre en compte leurs avis.
Reconnaître aussi ce qui ne se mesure pas en euros
Notre société mesure avec précision le coût des pensions et des soins de santé.
Elle mesure beaucoup moins ce que les personnes âgées lui apportent.
Combien d’heures consacrées au volontariat ?
Combien d’enfants gardés par leurs grands-parents ?
Combien de proches accompagnés dans la maladie ou la dépendance ?
Combien d’associations, de clubs, de mouvements et d’initiatives locales peuvent fonctionner grâce à leur engagement ?
Combien de savoirs et d’expériences sont transmis chaque jour ?
Cette contribution économique, sociale, familiale, culturelle et démocratique mérite d’être davantage étudiée, mesurée et reconnue.
Pour un nouveau pacte entre les générations
À l’occasion de cette Journée internationale des personnes âgées, nous ne demandons ni privilèges ni traitement particulier.
Nous demandons une société dans laquelle chaque génération puisse trouver sa place et être respectée.
Une société qui garantisse la dignité et la sécurité matérielle tout au long de la vie.
Une société qui permette de vieillir en bonne santé et, lorsque l’autonomie diminue, d’accéder aux soins et à l’accompagnement nécessaires.
Une société qui lutte contre l’isolement et toutes les formes de discrimination liées à l’âge.
Une société qui reconnaisse le volontariat, l’engagement, la transmission et l’aide apportée aux familles.
Une société qui associe réellement les personnes âgées aux décisions qui les concernent.
Mais surtout, une société qui cesse de demander uniquement :
« Combien le vieillissement va-t-il coûter ? »
et qui ose également poser cette question :
« Que serait notre société sans l’apport de ses aînés ? »
Le vieillissement de la population n’est ni une catastrophe ni une guerre entre générations. C’est une transformation profonde de notre société qui demande anticipation, solidarité et dialogue.
Jeunes et vieux ne sont pas concurrents.
Ils sont les différentes étapes d’une même vie.
Cette carte blanche est portée par le Conseil consultatif fédéral des Aînés – Federale Adviesraad voor Ouderen (CCFA-FAVO) et les organisations qui le composent.