Réformes de l’enseignement : notre Président vous adresse une lettre

Quelques heures après le vote des réformes de l’enseignement qui s’est tenu ce 5 juin au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notre président Yvan Verougstraete adresse une lettre à l’ensemble des acteurs de l’enseignement. Avec transparence, il y explique les raisons qui nous ont poussés à prendre ces décisions difficiles mais nécessaires.

Chères amies,
Chers amis,

Ce vendredi 5 juin, des réformes importantes dans l’enseignement ont été adoptées par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Nous savons que ces réformes ont suscité de nombreuses réactions, allant jusqu’à des mobilisations et des grèves importantes. Au-delà des polémiques et des approximations qui ont parfois circulé, il faut surtout entendre ce que cette situation révèle : de l’inquiétude, parfois de la colère, mais surtout un attachement profond et sincère de nombreux enseignantes et enseignants à leur métier, à leurs élèves et à leur école.

Contrairement à ce que certaines voix essayent de faire croire, nous partageons viscéralement cet attachement. Nous savons l’énergie, l’engagement et le cœur que les enseignants mettent chaque jour dans leur mission. C’est précisément pour cela que je tiens vraiment à clarifier deux choses essentielles :

  1. Notre boussole a toujours été claire : faire les réformes nécessaires, de la manière la plus juste possible, pour garantir le financement d’un enseignement de qualité, aujourd’hui et demain. Non pas « CONTRE » qui que ce soit, mais profondément « POUR » l’école et pour celles et ceux qui la font vivre au quotidien.
  2. Nous avons toujours été ouverts au dialogue et prêts à chercher les meilleurs compromis, même si nous ne sommes pas seuls à décider. Depuis l’annonce des mesures à l’automne 2025, nous avons écouté, rencontré les acteurs de terrain, entendu leurs réalités concrètes et travaillé, souvent dans la discrétion, à des ajustements avec notre partenaire de majorité.

C’est dans cet esprit que nous avons assumé des arbitrages difficiles, tout en défendant, encore ces derniers jours, des mesures supplémentaires pour être certains qu’aucune enseignante, aucun enseignant ne perde de charge horaire après avoir investi son énergie au service de nos enfants. C’était pour nous une exigence à la fois humaine et responsable.

Le but de ce courrier et du document qui vous parviendra dans les prochains jours par voie postale et électronique est de vous expliquer, avec transparence, les raisons qui nous ont poussés à faire ces choix, mais aussi quelles sont les décisions qui ont été réellement prises. Car si nous comprenons la colère et l’émotion, seule une discussion apaisée, basée sur les faits et la réalité, nous permettra d’avancer et de construire un avenir soutenable et positif pour nos enfants. Gouverner, c’est prévoir.

Nous ne prétendons pas que tout a été parfait. Nous ne prétendons pas que nos décisions sont faciles à comprendre ou à accepter.

Nous aurions sincèrement souhaité que ces réformes puissent aboutir dans un climat plus apaisé et dans une dynamique de confiance renforcée avec l’ensemble des acteurs de l’enseignement. La réalité institutionnelle et politique nous rappelle cependant que les compromis sont parfois complexes et qu’ils reflètent aussi des sensibilités différentes. Cela ne relève ni du jugement ni de la rupture, mais d’une réalité simple : gouverner, c’est composer.

Nous sommes par ailleurs conscients que la crispation actuelle cristallise une tension plus large. Les réformes nécessaires que nous avons prises en matière de chômage, de pension, d’économie dans la fonction publique ou d’augmentation de certains impôts, y compris sur les épaules les plus larges, touchent chacun et chacune d’entre nous, d’une manière ou d’une autre. C’est précisément parce que cet effort est partagé par tous qu’il est juste et qu’il permet à chacun de contribuer, à sa mesure, à la solidarité et à l’effort collectif.

Si nous devons prendre des décisions courageuses aujourd’hui, c’est aussi parce que ne pas les avoir prises, hier, a fragilisé notre pays. La Belgique est aujourd’hui l’un des pires élèves européens en matière budgétaire. Le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles est passé de 350 millions en 2019 à 1,5 milliard en 2024. Si nous ne réagissons pas maintenant, c’est tout notre système qui pourrait vaciller. Et cela, nous ne voulons ni l’accepter, ni en reporter la charge sur nos enfants.

Gouverner, c’est assumer ses responsabilités. Il est évidemment plus confortable de donner de bonnes nouvelles. Mais céder à la tentation de ne faire que ce qui est populaire serait manquer à notre devoir et mettre notre solidarité en danger. Nous avons été élus pour agir, pour conduire le pays avec lucidité et courage. Nous avons accepté cette mission grâce à votre confiance et à celle des citoyens, et nous voulons l’assumer pleinement, sans détour ni faux-semblant.

Au-delà de la nécessité de remettre notre pays sur les rails et le ramener dans le peloton européen, nous sommes conscients que la colère que nous vivons aujourd’hui révèle un malaise plus profond. Dans un contexte international de plus en plus tendu, où les échanges deviennent rapport de force, nous sommes convaincus que nous devons aller plus loin pour changer le système en profondeur.

C’est pour cela que nous continuons à nous battre pour construire un chemin vers un modèle de société plus juste. Une société où les plus vertueux sont aussi ceux qui réussissent ; où le progrès technologique se traduit en bien-être réellement partagé ; où ceux qui trichent ou détruisent ne peuvent en tirer profit. Un modèle de société où chacune et chacun doit faire sa part mais qui refuse la loi du plus fort.

Notre Manifeste pour une société régénérée reste notre boussole. Il nous invite à penser le long terme, à agir pour les générations futures et à construire un pays en bonne santé : plus juste, plus résilient, plus humain, plus solidaire et plus durable.

Merci, sincèrement, pour votre confiance, votre engagement et votre fidélité. Ils donnent du sens à notre action et de la force à nos convictions.

Avec toute ma reconnaissance,

Yvan Verougstraete