Le Gouvernement wallon a approuvé une proposition de révision du contrat de service public liant la Wallonie à l’Opérateur de Transport de Wallonie, OTW (LETEC). Cette proposition de révision marque une étape importante pour confirmer la place du client au centre de la stratégie de LETEC, améliorer l’efficience du service public de transport et traduire concrètement les ambitions wallonnes en matière de report modal et de décarbonation. La proposition de contrat de service public révisé doit encore être approuvée par le Conseil d’administration de LETEC (mai) avant sa signature officielle.
Un contrat plus clair, plus solide et plus crédible
Cette proposition de révision corrige une faiblesse importante du contrat en vigueur signé en janvier 2024 qui ne disposait que d’une trajectoire budgétaire purement indicative, sans base engageante pour garantir la cohérence entre les ambitions affichées. Le Gouvernement wallon fait à présent le choix d’un cadre réaliste, transparent et engageant sur le plan budgétaire.
Le contrat révisé fixe un cap clair : rendre LETEC plus fiable, plus attractif, plus agile et plus durable, tout en veillant à une utilisation rigoureuse de chaque euro public.
1. Un alignement des priorités et d’un cadre budgétaire engageant
Sur la durée du contrat, LETEC s’engage à exploiter au minimum l’équivalent de l’offre de référence, soit 100.353.309 kilomètres en charge au 31 décembre 2025 (avec un recalibrage structurel de 2 % mené en 2026) pour aligner l’offre théorique sur l’offre réellement exploitée.
« Aligner les objectifs et les moyens financiers, c’est la condition pour renforcer durablement LETEC. Nous avons fait le choix d’un contrat 100% financé, pragmatique et tourné vers les résultats. », détaille François Desquesnes.
Le choix est simple : mieux garantir l’offre promise aux clients plutôt que maintenir des objectifs théoriques intenables sur le terrain.
La trajectoire financière s’accompagne en outre d’un cadre de suivi renforcé, avec des rapports annuels, un comité de suivi, un conseil de suivi financier et budgétaire, ainsi qu’une justification annuelle de l’utilisation des financements reçus.
2. Une autonomie renforcée et des objectifs mesurables pour LETEC
Le contrat révisé renforce l’autonomie opérationnelle de l’entreprise publique pour lui permettre d’adapter plus rapidement son organisation et son offre aux besoins du terrain.
En contrepartie, des objectifs précis et mesurables sont fixés en matière de fiabilité, de fréquentation, de qualité du service, de ponctualité et de taux de couverture. Cette logique doit permettre à l’opérateur d’agir plus vite, plus clairement et plus efficacement.
Un plan de transport glissant sur trois ans sera présenté chaque année. Il précisera les axes d’évolution du transport public, les zones concernées et les grands projets d’adaptation de l’offre.
« Il s’agit de donner à LETEC plus de marge pour faire mieux et transporter davantage de passagers », explique François Desquesnes.
Cette autonomie renforcée s’inscrit aussi dans une adaptation plus large du cadre décrétal qui régit le transport public en Wallonie. En parallèle de la révision du contrat, le Gouvernement wallon a approuvé en première lecture l’avant-projet de décret modifiant le décret du 21 décembre 1989 relatif au transport public de personnes en Wallonie. Cette révision vise, d’une part, à responsabiliser et autonomiser davantage LETEC en lui donnant plus de flexibilité dans la fixation des tarifs et la définition de l’offre, avec une nouvelle répartition des rôles entre le Gouvernement, l’Administration et l’opérateur. D’autre part, elle renforce le cadre légal de lutte contre la fraude et les incivilités.
3. Une offre flexible et adaptée aux clients
LETEC disposera d’une autonomie élargie. Il pourra développer une offre plus souple, plus proche des réalités de terrain et mieux adaptée aux besoins quotidiens des Wallonnes et des Wallons. Le transport à la demande sera renforcé, en particulier dans les zones rurales, afin d’apporter des réponses concrètes là où l’offre classique est moins adaptée. L’écoute des clients l’évaluation continue de la demande et l’adaptation régulière de l’offre feront désormais partie intégrante du pilotage du réseau.
Le contrat prévoit un déploiement progressif renforcé du transport à la demande, en plus de l’offre de référence, avec 10 véhicules full électrique au plus tard en 2028, 30 en 2029, 50 en 2030 et 60 en 2031.
4. Une offre renforcée pour soutenir le tissu économique wallon et le tourisme
Le contrat prévoit aussi de mieux connecter les pôles économiques, les entreprises, les zonings, les sites touristiques et les zones d’emploi. Objectif : rendre le transport public plus utile dans la vie quotidienne, réduire les inégalités territoriales et faire de la mobilité un levier de développement économique, d’attractivité et de dynamisme local.
Le CSP révisé prévoit à cet effet le développement de services de transport spécifiques à destination des zones d’activités économiques et des pôles touristiques, en lien avec les acteurs du terrain et selon une logique de partenariat concret avec les acteurs concernés.
5. Un cadre clair et maîtrisé pour les grands projets d’infrastructure
Le Gouvernement wallon confirme son soutien aux projets structurants jugés prioritaires, dans un cadre budgétaire clarifié et au regard des financements disponibles. Cette révision permet d’avancer avec davantage de lisibilité sur les investissements les plus utiles pour les usagers et pour la transition de la mobilité wallonne. Le choix assumé est de concentrer les moyens humains et financiers sur les projets les plus mûrs et les plus utiles : métro de Charleroi et busways à Liège.
Le contrat intègre aussi le soutien à l’exploitation des lignes prioritaires vers Herstal et Seraing, en complément de la structuration du réseau autour du tram liégeois.
6. Des correspondances de qualité entre les trains et les bus
Le contrat révisé renforce l’intermodalité avec le rail, afin d’offrir des trajets plus simples, plus lisibles et plus fluides. Des correspondances de qualité seront organisées progressivement dans les gares les plus pertinentes, avec des horaires alignés entre trains et bus, une meilleure coordination avec la SNCB et une information aux voyageurs plus claire. Cette approche vise à soutenir concrètement le report modal.
Le contrat prévoit qu’au moins cinq gares prioritaires soient identifiées d’ici fin 2026 pour une mise en œuvre en 2027, puis dix nouvelles gares chaque année. Dans ces gares, LETEC devra aligner ses horaires sur ceux des trains, labeliser les lignes et gares en correspondance et déployer le système Aribus pour limiter l’impact des retards ferroviaires sur les correspondances avec le bus et mieux informer les usagers sur les correspondances disponibles et les temps d’attente maximaux.
7. Une billettique modernisée : simplifiée, numérique et mensualisée
LETEC modernisera ses moyens de paiement et sa billettique pour mieux correspondre aux clients du quotidien. Le contrat prévoit une simplification de l’achat des titres de transport, la mensualisation de certains abonnements et le développement progressif du paiement par carte bancaire dans les bus. Cette modernisation doit rendre le réseau plus accessible et plus simple, tout en maintenant des solutions pour les publics moins à l’aise avec le numérique.
Le CSP révisé prévoit aussi un renforcement de l’information voyageurs en temps réel, sur les canaux digitaux, dans les principales gares de bus et dans les pôles d’échange, avec l’objectif d’approcher une fiabilité maximale du temps réel d’ici 2028
« Moderniser n’a jamais voulu dire exclure. Nous voulons simplifier la vie des usagers, sans laisser de côté celles et ceux qui ont besoin de solutions accessibles et concrètes. », détaille François Desquesnes.
8. Continuité du service : une offre assurée avec un service garanti
Le contrat prévoit la mise en place d’un service réduit garanti afin de mieux protéger les clients en cas de grève. L’objectif est d’assurer les dessertes essentielles, de mieux informer les voyageurs en amont et de construire, avec les partenaires sociaux, un cadre clair qui garantisse davantage de continuité dans le service public.
Le texte précise que LETEC devra actualiser au plus tard le 31 décembre 2027 le protocole d’accord avec les organisations représentatives des travailleurs. L’objectif est clair : informer les clients au moins 48 heures à l’avance sur les lignes assurées et garantir une actualisation en temps réel de l’information.
9. Recentrage sur les missions de base
Le contrat acte un recentrage de LETEC sur son cœur de métier : l’organisation et l’exploitation du transport public. Dans cette logique, certaines missions seront progressivement transférées à l’Administration, à savoir le transport de ramassage scolaire et le subventionnement du transport des personnes à mobilité réduite, avec continuité du service assurée (transfert prévu en 2028).
10. Une performance interne renforcée, pour un service plus robuste
Le contrat prévoit une amélioration de la performance interne de LETEC, notamment grâce à la modernisation des outils de gestion et à une meilleure maîtrise des dépenses.
L’objectif est de renforcer la robustesse de l’opérateur, d’améliorer sa capacité de pilotage et de dégager des gains d’efficience sans sacrifier ni l’offre ni la qualité du service. Le contrat prévoit notamment le déploiement d’un nouvel ERP et une meilleure exploitation des données de fréquentation, avec l’appui de caméras de comptage embarquées afin d’affiner le pilotage du réseau.
« L’efficience, c’est mieux organiser, mieux planifier, mieux exploiter et mieux utiliser l’argent public pour renforcer le service rendu aux usagers. », ajoute François Desquesnes.
11. Taux de couverture : 14 % en 2030
Le Gouvernement wallon fixe une trajectoire d’amélioration du taux de couverture des charges d’exploitation par les recettes propres. Cette progression reposera sur plusieurs leviers : une augmentation de la fréquentation par une offre mieux adaptée aux besoins, une lutte renforcée contre la fraude, une tarification plus équilibrée et une meilleure performance globale du réseau. L’objectif est de rendre le système plus soutenable, tout en maintenant un tarif préférentiel notamment pour les publics les plus fragiles, les jeunes, les étudiants et les seniors.
12. Critères ESG : un engagement renforcé pour la décarbonation, l’équité et la sécurité
Le contrat révisé renforce les engagements environnementaux, sociaux et de gouvernance de LETEC. Cela passe par la poursuite de la décarbonation de la flotte, une attention renforcée à l’accessibilité universelle, à la sécurité des voyageurs et du personnel, à la lutte contre les discriminations, au bien-être au travail et à la cybersécurité. LETEC doit être un opérateur exemplaire, à la fois durable, inclusif et responsable.
Le contrat prévoit également une démarche d’amélioration continue de la satisfaction des voyageurs, avec une enquête annuelle indépendante, un plan d’action dédié, ainsi qu’un engagement à répondre aux plaintes des usagers dans un délai maximum de 30 jours
À travers ces 12 chantiers, le Gouvernement wallon donne à LETEC une feuille de route claire, fondée sur l’anticipation, l’évaluation, l’écoute du terrain et la responsabilité.
« La révision du Contrat de Service public de l’Opérateur offre un contrat de clarification, de modernisation et de redressement. Notre ambition, c’est une entreprise publique qui déploie un service de transports fiable, proche des besoins du terrain et solide dans la durée. », souligne François Desquesnes, Ministre de la Mobilité.