« No tax » ou « Tax the rich » : les deux faces d’une même impasse

A-t-on encore des femmes et des hommes politiques capables d’échanger et argumenter pour construire les propositions nuancées dont notre pays a besoin ou seulement influenceurs qui se contentent d’agiter des illusions simplistes ? Notre président, Yvan Verougstraete, vous adresse une carte blanche.

Alors que nous faisons face à un défi immense pour remettre la Belgique sur les rails et l’Europe sur la carte, tout semble plus figé que jamais. Les populismes de gauche comme de droite paralysent le débat à coup de slogans et de postures simplistes. Ils flattent leurs supporters, sans s’embarrasser avec la vérité ou au moins avec l’objectivité.

Le populisme n’est pas une idéologie. C’est une méthode. Une manière de remplacer les faits par les émotions, les arguments par les slogans et la recherche de compromis par la construction de camps irréconciliables.

Alors que nous devrions tous nous unir pour changer le Système, la polarisation grandit au sein d’une population influencée par les discours simplistes de ses leaders et confortée par les réseaux sociaux qui jouent le rôle de chambre d’écho.

Alors que l’on a besoin d’une vision équilibrée, à long terme, le paysage politique se cristallise autour de politiques ou d’influenceurs qui ne pensent qu’à flatter leur base, avec des positions de plus en plus radicales ; que ce soit à gauche avec ce qui ressemble de plus en plus à une coalition PTB-PS & co ou à droite avec un MR de plus en plus populiste.

À force de parler à leur camp, certains ont oublié de parler au pays.

Que ce soit sur l’enseignement, le budget, les visites domiciliaires, la fiscalité, le chômage, la migration, les économies dans la fonction publique ou les malades de longue durée, le débat est dominé par les émotions, les caricatures, les postures et les intérêts personnels.

La tension monte, les agressions et la violence, verbales ou physiques, semblent devenir la norme.

Et le plus grave, c’est qu’on s’y habitue.  On s’habitue à ce niveau de débat.  On s’habitue à cette pauvreté argumentative. On s’habitue à voir des enjeux majeurs réduits à des postures tactiques mises en scène. On regarde notre société se fracturer, sans broncher, fatigué, lassé, indifférent...

Pourtant, sans sursaut, sans changement de posture, sans femmes et hommes d’Etat, nous ne relèverons pas le challenge qui est devant nous et la situation risque de devenir inextricable dans les prochains mois.

Les Belges attendent des responsables politiques qu’ils se comportent en adultes, pas comme des enfants gâtés. La politique n’est pas faite pour flatter les certitudes. Elle est faite pour résoudre les problèmes.

Dans les mois qui viennent, les citoyens ne nous jugeront pas sur nos vidéos, nos bons mots ou les surnoms que l’on aura réussi à s’infliger les uns les autres. Ils nous jugeront sur notre capacité à prendre des décisions justes pour l’avenir du pays… pour leur avenir.

Le courage politique commence là où s’arrête le confort électoral.

La polémique concernant la contribution des plus grands patrimoines financiers est à cet égard révélatrice.

Vous le savez peut-être, j’ai eu la chance de créer plusieurs entreprises et de constituer un capital grâce à cela. Partant du constat que quand ce capital « travaille » et génère des revenus, il est beaucoup moins taxé que ceux qui gagnent leur vie à la sueur de leur front, j’ai défendu il y a 10 jours qu’une contribution plus importante du capital financier serait juste et nécessaire.

Contrairement au narratif que certains essayent d’imposer, je n’ai pas défendu une taxe confiscatoire, je n’ai stigmatisé personne, je n’ai pas proposé une mesure qui pourrait faire fuir nos entrepreneurs. J’ai juste défendu le fait que je trouverais normal, dans un contexte où chacun fait des efforts, que tous ceux qui ont la chance de pouvoir faire fructifier leur capital, participent à cet effort commun.

Un principe simple. Chacun selon ses moyens. Pas davantage. Mais pas moins non plus.

Je comprends que certains ont pu avoir peur parce qu’il n’est pas possible d’expliciter toutes les modalités en 3 minutes et que nous voulions laisser de la marge pour définir les modalités opérationnelles les plus efficaces. Je les ai rencontrés et ai pu les rassurer dès le lendemain. Mon objectif n’a jamais été de faire contribuer des gains potentiels qui n’ont pas été matérialisés, ça, c’est le rôle de la taxe sur les plus-values.

Je suis par contre dégoûté de voir comment ce débat, plutôt que d’être constructif et nuancé a cristallisé les oppositions et les postures.

À gauche, certains en ont profité pour stigmatiser les « riches ». Oubliant que sans patrons et entrepreneurs, il n’y a pas d’activité économique ni services publics, ni solidarité. Attisant les caricatures, parfois même les attaques personnelles tout en feignant d’ignorer que 50% de l’impôt est déjà payé par les 10% de la population qui gagnent le mieux leur vie.

Mais, peut-être encore plus frustrant, parce que plus décevant, j’ai été choqué de voir comment la droite conservatrice, par la voix de son président, a simplifié ce débat important à coup de désinformation et de « coups de comm » pour flatter son électorat et tenter de décrédibiliser la mesure plutôt que de réfléchir comment on peut créer plus de justice fiscale.

La question de savoir comment répartir l’effort pour que chacun fasse sa part vaut quand même mieux qu’une chanson générée par l’IA avec des caricatures et des quolibets.

Agiter « No tax », c’est rendre impossible tout rééquilibrage vers une fiscalité plus juste et équilibrée, c’est défendre un système inefficace qui étouffe le travail et protège les niches de certains.
Agiter « No tax », c’est oublier que plus de 50% de ces taxes ce sont des pensionnés, des médecins, des infirmiers et des professeurs… Et je ne vous parle même pas des aides aux entreprises, des militaires, des policiers ou des magistrats.
Agiter « No tax », c’est nier la solidarité, qui fait le ciment de notre société.
Agiter « No tax », c’est aussi enfantin que de brandir la carte « Tax the rich » comme unique solution à tous les problèmes.

Ce débat méritait mieux que ces postures.
Contrairement à ce que dit une certaine « gauche radicale », on a besoin de créateurs, d’entrepreneurs et on devrait se réjouir que des femmes et des hommes prennent des risques et réussissent. C’est bon pour tout le monde.

Contrairement aux caricatures d’une certaine « droite populaire », de nombreuses personnes qui ont réussi sont prêtes à participer. Il faut simplement que cela se fasse de manière efficace et dans le cadre d’un effort global où l’on s’assure que l’argent est bien utilisé.

Les défis qui attendent la Belgique ne sont ni de gauche, ni de droite. Ils sont immenses.

Ils exigent autre chose que des slogans. Ils exigent du courage, de la nuance et une capacité devenue trop rare : reconnaître qu’une bonne idée n’est pas mauvaise simplement parce qu’elle vient du camp d’en face ou parce qu’elle ne correspond pas tout à fait à son « idéal » ou n’est pas à l’avantage de sa « clientèle électorale ».

Ce n’est qu’à cette condition que nous retrouverons ce qui manque aujourd’hui le plus à notre démocratie : la confiance.